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Il y a environ trois ans, lors d’un salon du livre, quelque part entre la frontière Belge et la Somme, Léo LAPOINTE, Gilles GUILLON et moi-même, occupés à refaire le petit monde de la littérature régionale entre deux signatures, avions imaginé relater quelques événements marquant de la Première Guerre Mondiale en Nord Pas de Calais Picardie, au moyen de romans d’aventure ou de romans policiers.

Cette approche différente de l’Histoire, à quelques encablures des commémorations du centenaire de la déclaration de guerre, enthousiasma quelques amis romanciers qui relevèrent eux aussi le défi, et un peu plus tard, l’idée se matérialisa lorsque Pôle Nord Editions accepta de prendre en charge le projet.

 

Il ne me restait plus qu’à trouver le fil conducteur et rédiger un scénario se déroulant bien évidemment sur mon terrain de jeu et d’écriture favori c'est-à-dire le sud de la Côte d’Opale entre les communes de Berck sur mer, Etaples Le Touquet et Montreuil sur mer…

Montreuil sur mer et sa statue du Maréchal Haig qui commandait le corps expéditionnaire britannique, dont le quartier général se trouvait au cœur de l’ancienne cité médiévale, Etaples sur mer, ses hôpitaux de campagne et son immense camp militaire britannique, Merlimont et les zones d’entraînement des premiers chars d’assaut… la réflexion fut courte et je choisis d’utiliser comme toile de fond à l’intrigue la très controversée révolte des troupes de la Gracieuse Majesté, en baie de Canche, au tout début du mois de septembre de l’année mille neuf cent dix sept.

En effet, si le grand public a entendu parler, ou bien a lu des ouvrages présentant les mutineries dans l’armée française durant la Grande Guerre, à la suite de l’échec de l’offensive Nivelle, beaucoup de nos contemporains ignorent les rebellions dans les corps de troupes russes ou britanniques combattant sur notre sol.

 

         J’avais eu la chance, il y a dix sept ans, d’assister à un colloque sur la Première Guerre Mondiale à Etaples, organisé dans la Cité des Pêcheurs par la municipalité et la société historique Stapula. Une partie importante des communications fut consacrée aux événements de mille neuf cent dix sept, et très vite, le public présent se rendit compte qu’il existait une véritable divergence d’opinion sur  le sujet entre les intervenants français et leurs homologues anglais.

Ces derniers, même s’ils reconnaissaient les faits et en présentaient une chronologie plutôt bien détaillée, se montraient fort prudents sur l’ampleur prise par la révolte et ses conséquences. Que des troupes françaises se mutinent, rien de plus normal, mais quand il s’agit de troupes anglaises, on occulte ou bien l’on minimise … ce n’est pas concevable, ni convenable ! D’ailleurs, à Etaples, une grande partie des mutins venaient des terres australes ou bien d’Ecosse…

A l’inverse, les historiens français disposaient de témoignages bien précis d’habitants de la cité, qui, même s’ils n’avaient assisté aux événements se déroulant à l’intérieur du vaste périmètre militaire regroupant les différentes composantes du camp britannique, puisque fort peu d’autochtones pouvaient y pénétrer, se souvenaient de la vague déferlante des révoltés, investissant et pillant la ville le neuf septembre mille neuf cent dix sept et les jours qui suivirent, avant la reprise en main par l’état major.

 

Ecrire un roman se déroulant dans le premier quart du vingtième siècle, me permettait également de remettre en selle, l’un de mes personnages récurrents préférés, Louis Delamer, ancien capitaine de l’armée coloniale, officiant dans un service de renseignement relevant des plus hautes instances de la République Française.

De retour du front et après une longue période de convalescence à la suite de graves blessures, Louis Delamer va se voir confier une mission délicate, à plusieurs facettes, dont celle d’éclairer en toute discrétion le pouvoir politique français sur le moral des troupes britanniques. Comme il lui sera impossible de pénétrer à l’intérieur du camp d’Etaples, il cherchera l’information auprès des personnes habilités à circuler dans le périmètre.

Pour coller au plus près de la réalité, je n’ai donc pas souhaité décrire précisément les installations militaires puisqu’il ne pouvait les avoir vues. De même, à la fin du roman, Louis Delamer va vivre les quelques jours de la mutinerie, dans Etaples, auprès de la population. Aussi, j’invite les lecteurs qui souhaiteraient en apprendre davantage sur les composantes du vaste camp d’Etaples, à consulter les ouvrages spécialisés cités dans la bibliographie.

 

Pour conclure, je voudrais remercier Pierre Baudelicque, Bruno Bethouart, Douglas Gill, Elisabeth Leprêtre, ainsi que tous les historiens professionnels ou amateurs cités en référence dont les travaux m’ont permis d’élaborer la toile de fond de ce roman, de même que Philippe Valcq grâce à qui j’ai découvert l’étonnante légende du cyclope à Montreuil sur mer.