Spécialiste du roman policier historique, Pôle Nord Éditions publie depuis la fin 2013 la collection 14/18, une série consacrée à la Première Guerre mondiale. En l’espace de deux ans, cette collection dirigée par l’écrivain Léo Lapointe a édité huit romans traitant chacun d’un aspect de la Grande Guerre. Deux autres sont en préparation pour le premier semestre 2016.

Saluée pour son sérieux et ses qualités littéraires, la collection 14/18 a encouragé Pôle Nord Éditions à lancer une seconde série de polars historiques. Intitulée Belle Époque, elle a pour cadre le littoral nordiste et picard en 1900 au début des stations balnéaires. Douze écrivains régionaux ont relevé le défi de proposer aux lecteurs de vrais romans populaires se déroulant à la Belle Époque au Touquet, Berck, Le Crotoy, Malo-les-Bains ou Wissant. A raison de quatre parutions par an, la collection Belle Époque devrait durer jusqu’en 2018, au moins…

UN AMERICAIN SUR LA COTE D'OPALE

Janvier 1909, au Touquet, la société qui exploite et commercialise l’eau de source Valroy est victime d’une tentative d’extorsion de fonds. L’affaire étant plus complexe qu’il n’y parait, les hautes autorités de l’Etat dépêchent sur place le capitaine Louis Delamer, officier d’une unité spéciale de la gendarmerie. Delamer est sur les traces d’une ressortissante colombienne adepte du vaudou qui serait impliquée dans l’escroquerie.

Dans quelle mesure ce fait divers est-il lié à la disparition du village de Rombly à la suite d’un cataclysme en 1636 ? Que vient faire sur la Côte d’Opale, Sidney Calvé, peintre américain dont personne n’a jamais vu le moindre tableau ?

AMERICAIN COTE D'OPALE plat 1

Lorsque Gilles Guillon, directeur de Pôle Nord Editions me proposa, l'an dernier, l'écriture d'un roman ayant pour toile de fond la Côte d'Opale, à la Belle Epoque, mes cellules grises commencèrent à s'emballer, puis cherchèrent aussitôt des connections improbables en temps normal.

Très rapidement j'entrevis le squelette d'une histoire qu'il me fallut ensuite développer, habiller de personnages, de lieux, d'intrigues et de tous les ingrédients d'un récit d'aventure.

 

C'était l'occasion idéale de propulser sous les projecteurs un personnage de notre région au destin hors normes, je veux parler du très mystérieux Louis Amédé Brihier, alias Emile Dubois. Cet aventurier, né à Etaples le trente mars mille huit cent soixante sept, n'apparaitra jamais dans le roman, mais il en sera, involontairement, l'un des fils conducteurs.

Son histoire est absolument incroyable et mérite d'être évoquée: Après avoir passé une partie de sa jeunesse dans le village de Sangatte, proche de Calais, Louis Amédée Brihier aurait quitté la France à la suite d'un meurtre commis à Etaples dont on ne retrouve la trace, ni dans les archives, ni dans les journaux d'époque. Il est accusé d'avoir assassiné le père de sa petite amie et s'enfuit pour se réfugier dans la cité minière de Courrières où il fut également soupçonné d'un autre homicide.

Il embarqua au Havre pour la Colombie, comme simple matelot, et prit le pseudonyme d'Emile Dubois. Il s'installa ensuite au Vénézuela, se prétendant vétérinaire puis médecin, avant d'aller chercher fortune au Pérou. Il revint en Colombie et épousa une jeune comédienne, Ursula Morales. Le couple posa ses bagages à Bogota. Emile Dubois s'engagea comme officier dans l'armée avant de quitter une nouvelle fois la Colombie et d'entamer un périple, le long de la Cordilière des Andes, qui le mènera en Equateur, au Pérou puis au Chili à Valparaiso. Cette fois-ci, Emile Dubois se prétendra ingénieur des mines et entamera une nouvelle carrière professionnelle.

Le quinze juin mille neuf cent six, Emile Dubois est arrêté par la police chilienne soupçonné d'être l'auteur d'une série de meurtres à Valparaiso mais aussi à Santiago. Le français clama son innocence et récusa même son avocat pour plaider lui même sa défense. Malgré tout, il fut condamné à mort et sera exécuté le vingt six mars mille neuf cent sept.

Sa condamnation provoqua toute une série de manifestations pour protester contre la peine capitale. Le peuple de Valparaiso qui croyait à l'innocence de Dubois sollicita sa grâce auprès du président de la république, mais sans réussite. Emile Dubois est passé par les armes. La légende précise qu'il refusa de porter un bandeau et commanda lui même le feu.

 

D'après une tradition religieuse très implantée dans les milieux populaires de Valparaiso, l'âme des innocents, injustement condamnés à mort, demeure sur place et devient source de miracles. Immédiatement après son enterrement, le peuple de Valparaiso se précipita sur la tombe du français pour la couvrir de cierges et l'inonder de prières. Cette situation se poursuivit alors même que le corps fut jeté, un an plus tard, à la fosse commune.

Alors qu'il est un véritable inconnu à Etaples, la ville qui l'a vu naître, Louis Amédée Brihier, alias Emile Dubois continue de faire parler de lui à Valparaiso. Il fait l'objet d'un véritable culte animiste. Des messes lui sont dédiées et des processions sont organisées, encore aujourd'hui, les mardis et les vendredis jusqu'à sa tombe. Sa vie tumultueuse a fait l'objet de nombreuses émissions à la télévision chilienne, d'un roman et même d'une pièce de théâtre. Cependant, les événements qui ont marqué son existence et qu'il a transcrits noir sur blanc à la veille d'être exécuté, sont-ils bien réels, ou bien a-t-il voulu mystifier la postérité comme il a mystifié une partie de ses contemporains?

 

Ce nouveau projet me permit également d'évoquer une nouvelle fois, l'un de mes auteurs préférés, l'écrivain américain de littérature fantastique Howard Philip Lovecraft. Comme dans le roman « L'intrus », édité il y a douze ans aux Editions Henry, l'oeuvre de Lovecraft est omniprésente dans l'aventure que vous allez découvrir au gré des pages. D'ailleurs, certains passages se sont directement inspirés de plusieurs nouvelles comme « Le cauchemar d'Innsmouth » et « L'appel de Cthulhu ». J'ai également puisé mon inspiration dans le livret « L'évasion d'innsmouth » tiré du jeu de rôle « L'appel de Cthulhu ».

A l'instar de nombreux lecteurs de Lovecraft, poussé par la curiosité, j'avais, il y a bien longtemps, cherché dans des atlas, ainsi que plus tard sur internet, l'emplacement précis du port d'Innsmouth dans l'Etat du Massachussets aux Etats Unis, ainsi que la ville d'Arkham, découvrant que les deux n'existaient que dans l'imaginaire de l'auteur tout comme le fameux Nécronomicon, le livre des morts qui fait encore couler beaucoup d'encre aujourd'hui quant à son hypothétique origine.

Certains d'entre vous trouveront peut-être des points de convergence entre le port d'Innsmouth et celui d'Etaples. Imaginez ce qu'aurait pu être la « cité des pêcheurs », lovée au fond de l'estuaire de la Canche, en ce début de vingtième siècle, si le train se s'était pas arrêté à Etaples au milieu du dix neuvième siècle, si une colonie d'artistes peintres ne s'y était pas installée, et surtout, si les magnifiques plages de la Côte d'Opale ne s'étaient couvertes de stations balnéaires drainant une population venant de l'Europe entière ... Mais c'est une autre histoire ...